Le Coromandel, une rencontre atypique - Louise Voyage

Que dire sur le Coromandel ?? La beauté de cette région fut vite éclipsée par une mauvaise expérience de wwoofing ! Partie pour y séjourner une semaine, je suis finalement restée seulement trois jours, et qu’une nuit chez mon hôte !

L’aventure avait pourtant bien commencé, je discutais avec mon hôte par sms depuis quelques jours. Il me semblait cultivé et très intéressant. Ancien architecte, originaire d’écosse, David avait vécu dans différents pays dont l’Angleterre et la France. Retraité, il vit dans une ancienne maison victorienne, dans la ville de coromandel. J’avais donc hâte de passer une semaine en sa compagnie au cœur d’une des plus belles régions de Nouvelle Zélande. A peine arrivée, ce fut la désillusion. Je n’avais aucune alternative, il était 18h, le prochain camping se trouvait à 3h de route (la région est plutôt sauvage), j’étais fatiguée, et rester me semblait encore être la meilleure option.

Pour rappel, cela faisait bientôt 3 semaines que j’étais sur la route, en camping, à dormir dans ma voiture, seule. Cela faisait 5 semaines que j’avais quitté la France, mes proches et mes amis. Mes économies en avaient pris un coup. La fatigue commençait à se faire sentir et j’espérais me reposer 1 semaine avant de repartir vers le centre de l’île.

David habitait bien une ancienne maison victorienne, il avait seulement omis de dire qu’elle tombait en ruine, qu’il n’y avait pas de douche (il utilisait les douches de la piscine municipale) et qu’aucune pièce n’était habitable à cause de sa collection de livres. Ce fut la première chose qui m’a frappée. Des livres, des centaines de livres sur le sol et les meubles, dans toutes les pièces de la maison, dispersés sans logique, ni rangement. Des montagnes infinies d’ouvrages qui prenaient la poussière. Vestige d’une vie universitaire passée, révolue, sûrement perdue. Aux murs, des peintures habillaient le bois ciel azur. Et dans ce capharnaüm errait mon hôte, un homme fin et maigre, le sourire hésitant, sûrement trop rêveur pour mettre fin à ce désordre. Car David était un artiste. Il avait des rêves plein la tête, et des souvenirs plus mordants que le présent. C’était un nostalgique. Il avait 63 ans.

Je suis tout de même restée, par dépit et par curiosité. On a beaucoup discuté. Assise sur une chaise, coincée entre deux piles de livres, il me montrait ses ouvrages en français et sa passion pour l’histoire de l’art. J’essayais de lui raconter ma vie et mes études, dans un anglais encore hésitant. Il eut plusieurs femmes, plusieurs divorces et forcément plusieurs enfants. Le dernier fait de l’aviron sur le lac Waikare, il a 16 ans. Professeur d’architecture, il n’a jamais connu le fils, fruit d’une union avec l’une de ses étudiantes. Certaines histoires étaient farfelues, il s’inventait une vie, mais il n’était pas méchant. David était un homme seul malgré les conquêtes.

Le diner fut sobre. Il me servit une soupe et des croûtons. Je n’avais pas vraiment faim. Seule la cuisine était en ordre, ou plutôt, en désordre organisé. La soupe était bonne mais reflétait une pauvreté non souhaitée. Il en était désolé, et par politesse, ou par gène, m’expliqua simplement qu’il n’avait pas eu le temps de faire les courses. Finalement, une question me traversa l’esprit. Mais pour quel travail avait-il besoin d’aide ? Pourquoi était-il inscrit sur le site du wwoofing ? Il esquiva la question, en répondant simplement que demain c’était dimanche et que personne ne travaillait, c’était comme ça. Soit. Mais derrière cette esquive je compris que David recherchait de la compagnie.

Je ne voulais pas rester. David était interessant mais la maison n’était pas habitable ! Un trou béant au milieu du « salon » laissait apercevoir la charpente. Il devait y avoir des fuites. David n’avait pas les moyens de restaurer la maison. Il l’avait achetée sans vraiment réfléchir, en pensant qu’il le ferait lui-même. Les livres s’étaient entassés au fil des années (6 ans) ne laissant plus la place aux hypothétiques travaux. C’était sans fin.

Après le repas, il me montra ma chambre. Il n’avait pas changé les draps de son « colocataire » ! Je n’ai jamais su qui c’était et pourquoi il était parti. Je regrettais ma voiture et j’étais écœuré par l’idée de dormir dans ces draps sales ! C’est à ce moment que j’ai craqué pour la première fois de mon voyage. Je savais que j’en avais besoin, mon corps en avait besoin. Malgré la galère, je restais lucide. Pleurer était la meilleure solution, je pouvais réfléchir ensuite. Et ce fut le cas. La décision était prise, je partirai le lendemain matin. J’ai repris mes esprits, et je me suis couchée dans ce lit, j’ai dormi 6h, j’étais prête à partir au petit matin.

Cette rencontre fut éprouvante, j’ai pris sur moi, j’ai rien lâché, je savais que ça allait passer. Ce fut malgré tout une belle rencontre, dans de mauvaises conditions. David était très intéressant et inoffensif mais n’avait pas les moyens d’héberger quelqu’un ! A aucun moment je n’ai été en danger (je ne serais pas restée sinon). A ce stade du voyage, c’était ma deuxième mauvaise expérience en wwoofing, après mon séjour à Kerikeri dans le Northland. L’envie de rentrer en France m’a traversé l’esprit, mais je n’ai pas fait la bêtise d’y succomber. J’aurais raté tellement de bels instants !

J’ai repris ma route vers Tauranga, en faisant des arrêts sur les lieux mythiques du Coromandel (Cathedral Cove et Hot water Beach). En parallèle je recherchais de nouveaux hôtes chez qui passer les fêtes de Noël. Et deux jours plus tard, juste avant la tombée de la nuit, après une journée pluvieuse, une famille m’accueillait et ce fut l’une de mes meilleures expériences en nouvelle Zélande. La suite dans le prochain épisode !

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