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Randonnée et nuit au refuge de Loriaz Pourquoi l’Islande m’a déçu ! Dolomites : 10 jours de road trip ! Idées de randonnées à faire près Chamonix

Fin mars je suis montée au refuge de Loriaz qui se trouve au fond de la vallée de Chamonix. C’était le début du printemps. La montagne commençait à perdre son épais manteau blanc. La météo annonçait une belle nuit et un temps impeccable pour profiter une dernière fois des joies de l’hiver. Et sans trop d’hésitations, nous avons réservé le matin même une place au refuge. C’était le week-end de fermeture avant sa réouverture pour la saison d’été.

La randonnée jusqu’au refuge

Le départ de la randonnée se trouve au parking de la gare du Buet à Vallorcine, petit village à la frontière suisse, proche du barrage d’Emosson. Prévoyez du temps car la route pour atteindre le col est très jolie. Vers 15h, l’air était encore frais malgré un soleil radieux. Le sentier, bien visible en été, se trouvait sous les pistes ! La trace GPS nous a beaucoup aidé pour démarrer la randonnée que nous avons faite sans matériel spécifique (juste de bonnes chaussures de randonnée).

Nous longeons la piste sur plusieurs mètres avant de rejoindre la forêt. Sur le sentier enneigé nous croisons beaucoup de skieurs, lancés à vive allure, qui rentrent de leur ascension du Mont Buet, sommet bien connu des alpinistes de la région. Un torrent nous guide dans la gorge. On s’arrête quelques instants à la cascade de Bérard, prise par les glaces et accessible par de fragiles installations. On s’y aventure prudemment, les barrières de protection prises dans la neige, ne sont pas assez hautes pour retenir notre chute. J’aime sentir ce shoot d’adrénaline. Nous continuons de longer le cours d’eau jusqu’au pont et nous traversons pour entamer la montée.

L’atmosphère change. Les skieurs ont disparu. La forêt silencieuse nous enveloppe, elle s’éveille calmement de sa longue nuit. J’écoute le crépitement de la neige qui fond sous l’oppressant soleil. Et au sol, de jeunes pousses percent timidement la glace. Éblouie, j’essaye d’immortaliser ce fragile instant. Doucement, nous arrivons au mazot de la Meunière, petit groupe de chalets alpins bâtis dans une jolie clairière. La vue se dégage subitement, et nous faisons face à l’imposante vallée. Nous continuons sans trop s’attarder pour ne pas rater le coucher de soleil.

La montée s’intensifie. Le sentier devient plus technique et longe parfois des pentes bien raides. Le sol est glacé, mais en cette fin de journée, nos chaussures adhèrent correctement (ce sera une autre histoire le lendemain matin !). Nous ne croisons plus personne. Le chemin sillonne dans la forêt et continue de monter. Ponctuellement nous nous apercevons des pointes blanches, de plus en plus hautes, laissant présager un magnifique panorama à l’arrivée.

Vers 17h, la forêt laisse place à une vaste toundra balayée par un vent froid. Nous remettons les vestes et attaquons la dernière partie. Je vois déjà la minuscule silhouette du refuge perché sur son plateau. Et le soleil mourant nous force à augmenter l’allure. Derrière nous, la montagne s’enflamme. Plus que quelques mètres avant de dégainer mon appareil photo. Enfin le refuge émerge, enseveli sous la neige, les petites maisons se fondent dans le granite.

Je me retourne, et le rouge crépusculaire m’éblouit.

Face à moi, l’aiguillette des Posettes m’écrase et les pics roses se détachent du ciel couchant. Au loin, le Mont-Blanc, calme, surplombe les fragiles aiguilles de Chamonix. C’est un camaïeu de rouge. Plus bas, la vallée se noie déjà dans l’ombre de la Terre. Mon cœur grossit et mes sentiments débordent. L’endorphine enjolive ce puissant tableau, et je commence à prendre des photos. A cet instant les mots sont courts, mais l’image criante. Plus tard, une phrase me reviendra en tête :

« C’est avec un recueillement mêlé de crainte et de respect qu’il faut visiter les lieux que la nature a marqué du sceau de sa majesté et de sa puissance. »

Mots écrit sur le tombeau du poète Joseph Lombard (1833-1900), mort en montagne. Soyez digne de ce que la nature vous offre.

Nous restons quelque temps à contempler la magie. Puis l’heure du repas nous ramène à la réalité. Le refuge est chaleureux. Je pose mes chaussures mouillées contre le poêle. Une grande salle à manger rassemble les randonneurs autour d’un bon repas. C’est le printemps mais nous sommes bien contents de manger chaud. Le soleil s’étant couché, le froid de l’hiver a repris ses droits.

La nuit en altitude

J’aime l’ambiance des refuges. Les gens s’y mêlent et discutent, il est facile de faire des rencontres. On partage un moment convivial avec des personnes étonnantes. Chacun a son histoire, toutes différentes mais toujours en lien avec la montagne. Ce soir-là, des astrophotographes étaient montés pour capturer la voie lactée. Autour d’un verre de vin (offert par la maison – il fallait finir la cave), ils m’ont partagé leurs secrets. Réveil à 1h pour eux, après le coucher de lune, quand le ciel sera le plus scintillant ! Je n’ai pas eu le courage de les accompagner !
Le repas terminé, et le ventre bien rempli, nous rejoignons le dortoir. Il se trouve dans la grange et nous devons emprunter un vieil escalier en bois. Les marches craquent. Quelques lueurs persistent mais les étoiles commencent à percer le ciel. Il fait maintenant trop froid pour que je puisse rester dehors, je n’ai pas apporté suffisamment de pulls ! Je reste quelques instants, juste le temps de prendre encore quelques photos. Mon appareil s’éteint, il n’a plus de batterie.

Une toilette rapide – il n’y a pas de douche – et il est maintenant l’heure de dormir. Il fait bien chaud dans la grange, nous sommes une vingtaine côte à côte, en rang dans deux grands lits de bois. La nuit se passe bien. Je me lève vers 3h, descends, lève les yeux au ciel, et la magnifique Voie lactée traverse la nuit, plongeant dans les aiguilles sombres de Chamonix. Je retourne me coucher émerveillée.

L’heure du retour

Le matin se lève et la montagne reprend des couleurs. J’ai plutôt bien dormi et j’ai réussi à recharger mon appareil photo. La douce lumière du matin enveloppe nos silhouettes endormies. Face à nous, l’aiguille des Posette, toujours aussi fière, flotte dans un voile laiteux. Nous profitons de l’instant. Dans 1h le soleil sera trop haut et la lumière redeviendra écrasante.

9h, après un petit déjeuner simple mais copieux, il est temps de redescendre. Nous aurions peut-être dû attendre. Avec la nuit la neige est devenue glace. Nos chaussures glissent et la descente devient tout de suite plus dure ! Mais finalement c’est plutôt drôle ! On escalade un rocher et j’en me prête au jeu du portrait. Face à la vallée qui s’éveille, je suis toute petite. Le chemin s’enfonce dans la forêt, et pendant plusieurs kilomètres nous allons galérer sur le sentier verglacé. Puis la neige disparaît 200m plus bas et la fin de la promenade devient très facile. Nous rejoignons la gare du Buet rapidement. La montagne nous surplombe de nouveau, les paysages verdissent, et le soleil est maintenant bien haut dans le ciel. Un dernier regard en arrière avant de reprendre la route et de rentrer chez nous.

Les images dansent encore dans ma tête, je suis fatiguée mais sereine. J’aime beaucoup les sorties en montagne. La nature apaise l’esprit et nous enseigne l’humilité. L’année Prochaine, je monte en ski de rando, et pourquoi ne pas aller jusqu’au Col de la Terrasse qui marque la frontière Franco-suisse !

Information sur le refuge de Loriaz

Il faut compter 3h pour monter au refuge. Il est fortement recommandé de réserver. Vous pouvez le faire avant 10h le jour de votre arrivée (le gardien prépare les repas en fonction du nombre de personnes). Il n’est pas nécessaire d’emmener son sac de couchage, des draps (“sac à viande”) sont mis à disposition moyennant 2€, ou vous pouvez prendre le votre. Les couvertures sont fournies. Attention, il n’y a pas de douche. Et ce sont des toilettes turques. Il y a des lavabos (brossage de dents, toilette de chat).
Prix nuit en demi-pension : 42€
Ouverture : Hiver et été (voir les dates exactes sur le site internet)

Informations pratiques
 Point de départ :Gare SNCF du Buet, Vallorcine
Coordonnées de départ :46°01’08.0″N 6°55’11.4″E
Distance (aller-retour) : 11km
Dénivelé positif : 850m
Difficulté : Modérée
Liens pratiques : site du refuge de Loriaz

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